lundi 19 décembre 2011

les transports en commun

Ma fille,

Cette année que j'ai passée loin de toi et de ta mère, va bientôt tirer sa révérence. Je vais bientôt rentrer à la maison. Et c'est pas si mal. Bon j'avoue que les soirées bowling-pizza-bière-limoncello vont me manquer, que les anecdotes de Gigi seront de lointains souvenirs. Mais si une chose ne me manquera pas c'est bien les aller retour Paris - Lyon en TGV au moment des vacances scolaires !!!! Ah ça, ma fille, ça c'est l'épreuve ultime !
Laisse moi t'expliquer :

Habituellement je suis en salle basse peinard avec des pros du lundi matin dans mon genre arborant, ou non, cravate et valise trolley. Les touristes eux sont en valise avec petites 4 roues extérieurs, ce qui n'est absolument pas pratique du tout pour passer les trottoirs, et au sprint sur quai de gare lors des jeux "du train qui va partir dans quelques secondes" on les bat à plate couture.
Nous voici donc aux premières heures des vacances de noël. j'entends, alors que je suis dans l'escalator, des cris de joie d'enfants ; courant partout, sur-excités de monter dans un TGV et partir... je connais ça ;). Je m'amuse de les voir tirant leurs trop grosses valises criardes ; slalomant entre les jambes des voyageurs, leur bonnet vissé sur la tête et l'écharpe battant au vent. Ils s'arrêtent tout fiers au bout du quai le nez rougie et le visage pâle au vent, guettant le providentiel cheval de fer qui viendra les enlever de cette ville qu'ils n'ont que trop vue.. A nous l'aventure !

Voilà ça c'est la carte postale ma fille.
maintenant voici la triste réalité..
Accrochez vos ceintures tout ce qui suit est vrai.

08h51 - Je suis sur le quai et, comme je monte à Perrache, le train est presque vide. je m'installe, le TGV se met en branle et démarre direction Lyon Part Dieu, puis Paris.

09h04 - Part Dieu, c'est la gare centrale. La cohue, la mêlée de gens qui se poussent pour rentrer plus vite dans ce train. Du calme braves gens tout le monde va monter voyons voyons ! A côté de moi s'installe une pro. Tailleur de rigueur ordi portable dossier tout son bureau de voyage s'étale sur sa tablette. Elle semble être à la bourre dans une tâche parce que le train encore à quai elle décide déjà de se pencher sur des CV. Ah une RH me disais-je. Sans doute part-elle faire passer des entretiens à des candidats parisiens.
S'ensuit une maman et un nouveau-né et sous son autre bras son fils de 4 ou 5 ans. Le petit fait une entrée remarquée, et s'installe au milieu de la salle. La mère s'empresse alors de compresser les valises des autres usagers sans se soucier de savoir si l'une d'elle pourrait contenir un objet fragile et insère avec force le couffin du p'tit dernier. Dans le carré d'à côté, montent des grands parents, avec deux de leurs petits enfants. Plus discret, en tout cas pour le moment.
Le contrôleur nous avise de l'arrivée prévue à 11H sur Paris et nous sort le blablabla habituel d'avant départ. Contrôleur que l'on ne verra pas...

09h20 - Une effluve aigre viens perturber mes narines. je me plante le nez dans la clim, le brassage de l'air fera le reste. J'essaie de penser à autre chose.
Notre RH tourne les CV prend des notes mais regarde avec une insistance noire dans sa diagonale la maman avec les deux enfants. J'entends moi aussi des dialogues qui couvrent la musique de mon walkman. Je le coupe, et là j'entends un bruit digne d'un home cinéma. Le fiston regarde sur son lecteur de DVD portable "l'âge de glace" à fond les ballons, faisant profiter à tout le wagon des voix niaiseuses des personnages. Tout un chacun espère une réaction de la maman pour atténuer le son. Mais non. Elle regardait avec émerveillement son rejeton hilare. Dans son salon la gonzesse ! la pauvre femme qui était assise à coté du petit n'a pas pu dormir bien évidemment ; lire était inespéré ; penser devint illusoire. Bref en un mot : usant. Dire quelque chose n'étant plus dans la mentalité du gars lambda, sous peur de se faire traiter de facho, rabat-joie ou je n'sais quoi, chacun s'est tu s'en remettant aux divinités pour qu'un miracle touche la mère lui faisant prendre conscience que le respect d'autrui ça existe ! ou que le lecteur de DVD décide de se suicider en public.

Les regards alentours se chargèrent de plombs. Ma voisine des ressources humaines pris sur elle pour rester concentrer sur les capacités du candidat "Mr Philippe X" relisant 2 ou 3 fois la fiche.

10h00  - Les deux retraités de devant parlaient aussi bien fort. Normal il fallait couvrir "l'âge de glace" en dolby sourround thx Imax. Leur petite fille demanda à sa grand-mère si elle avait connu l'âge de glace. L'histoire ne dit pas si elle parlait du film ou de l'ère !

10h02 - n'en pouvant plus je me décide à passer au wagon restaurant prendre un petit déjeuner.
les heures de pointe

On se serait cru dans un train indien aux heures de pointe.
Ma fille sache une chose le wagon restaurant doit être débaptisé de ce nom trompeur, pour plutôt lui préférer "annexe du bureau" ou "meeting room". Bref tout le monde y squatte les rares sièges mais personne ne consomme. Toi avec ton petit dej tu te démerdes. Le barman me dit "oh vous savez le train est complet alors.." Ben alors je suis retourné voir l'âge de glace !
youpi.





10h20 - Fin du DVD. Soulagement général.

10h21 - Maman sort tous les jouets du grand pour l'occuper pendant qu'elle bonne un bib' au bébé.

10h22 - 80% des jouets sont par terre et là les deux petits voisins, plutôt sages, demandent l'autorisation de rejoindre ce nouveau copain. Pour notre malheur nous avons eu l'acceptation des grand-parents et l'amer regret du DVD.

10h25 - 3 mômes à terre avec des jouets la démarche pour aller aux toilettes tient plus du parcours du combattant que de la promenade de santé.

10h30 - L'effluve aigre revient en force squatter mes narines, je cherche la source de provenance de ces odeurs fétides. Trouvé ! oh merde c'est le vieux de devant qui pue du bec. Non c'est pas possible de puer comme ça il est en décomposition avancé le mec. Pourtant à première vue, il semble assez vivant...
Troublant.

10h45 - le train s'arrête en pleine voie.

10h46 - entre les hurlements de notre wagon family nous percevons la voix du contrôleur nous avertissant qu'un TGV est stoppé devant nous .. patience.

10h48 - il est en panne ! retard prévu 50 minutes.

10h48 30'' - tout le monde sort son portable pour prévenir ceux qui attendent, de leur retard. S'excusant ou râlant avec des mots non retenus à l'encontre de la sncf.

10h49 - réflexion de la maman pensant rallier à sa cause le wagon, pour peut-être provoquer une mutinerie. Et pourquoi pas aller saigner le contrôleur, arracher les commandes du cheminot et foncer vaille que vaille vers la capitale. "Ah ben ça !! c'est toujours pareil avec eux hein ! Ah ben ça hein ! Y'en a marre de la SNCF." Puissant, profond et surtout constructif non ?
Ma pauvre chérie as-tu pensé à nous qui allons te supporter encore 50 putains de longues minutes ??!!


11h00 - Je pense que si je fais un sondage vite fait, j'obtiens la signature de tous pour rétablir la lapidation publique. Les yeux de la RH à mes côtés semblent eux plutôt pencher pour se faire ligaturer les trompes. Ce môme est un remède contre la procréation. En plus ça empeste la vieille canalisation pourries dès que l’ancêtre de devant parle de "sa dernière visite à la capitale".

11h20 - je n'en peux plus je bouscule la RH pour aller pisser, je flingue la mère et les vieux du regard, écrase un môme, shoot dans un sac.. merde ! Merde !! MERDE !!! l'odeur des chiottes à côté du vieux c'est un champ de lavande.

11h23 - je retourne à ma place parce que les couloirs sont comme le bar : blindés. Sur le retour j'entends le vieux parler avec la maman des visites prévues. Musés, grands magasins etc... J'ai envie de lui conseiller, en ami bien sûr, d'aller visiter les égouts de Paris, là il pourra faire illusion.
Sa vieille moitié, essaye de calmer les niards qui en sont à sauter de siège en siège devant la gamine suspendue aux porte-valises dans une parfaite imitation du rocher aux singes de Vincennes.


11h32 - Le boucan d'enfer des mômes me pousse à bout, et j'ai une furieuse envie de me lever et de hurler créant un silence salvateur. Les entendant vanter leur liste interminable commandé au "petit papa noël" j'avoue que l'idée de devenir un monstre me traversa l'esprit. Dire un truc ignoble pour eux, genre fin du monde :

"Le père noël n'existe pas !!! maintenant vos gueules !"


11h45 - Je sens la mort approcher.. je pense à toi ma fille. Au trop peu de temps que j'ai eu pour être ton père...
L'âpreté de la chair pourrie attaque ma résistance et mon esprit s'asphyxie. Je ne peux plus lutter. Je pense à mon frère Guillaume qui a choisi la médecine. Il a raison c'est peinard médecine. La vraie profession dangereuse c'est dentiste et tout le monde l'ignore. Voilà pourquoi c'est cher. Une assurance vie ruineuse et la prime de risque qu'il faut payer définissent le prix prohibitif appliqué. Un dentiste mordu par le vieux de devant c'est tétanos foudroyant ! PAF   raide mort !

Le train repart enfin, un espoir renait en moi.

11H50 - le train passe la Seine. La vieille hausse le ton sur son petit fils. C'est bien le moment alors que c'est fini.
La petite RH est fiévreuse, range ses documents avec une nervosité, qui, ajoutée au retard, ne laisse rien présager de bon pour le candidat Mr Philippe X et ses acolytes. Si l'un d'eux, voulant attendrir l'auditoire, dit "J'ai deux enfants de 4 et 5 ans, ils sont terribles". Il sera mis au pilori, et abattu sur le champ !


11h55 - Arrivée Gare de Lyon. Je joue des coudes je roule une clope. Une grosse clope. Je remets illico presto à 2022 la décision d'arrêter le tabac.

11h56 - La plupart des gens du wagon ne pouvant militer en faveur de places réservées pour les enfants dans les soutes du TGV, se contentent de fusiller la troupe sauvage du regard. Notamment lorsque la maman récupéra son cosy bien coincé, mettant les valises des autres à terre. Que font toutes ses valises dans son salon ??? Vraiment les gens sont sans gènes !

Tu vois ma fille les vieux disent que les  enfants c'est comme les pets : on ne supporte que les siens.
Mais bloqué dans un TGV coincé entre un bureau mobile de recruteuse et la fenêtre, avec un wagon bar inaccessible et une horde furieuse de nains en vacances...
Là ce n'est plus un gaz disgracieux, mais ça relève plus de la canalisation qui refoule : ça dure .... ça dure... et je ne suis pas plombier.

mardi 29 novembre 2011

le mercredi

Ma fille,

Nous sommes mercredi, et c'est le jour des enfants. C'est comme ça, au beau milieu de semaine, c'est la relache pour les petits. C'est le jour ou les parents, les grands-parents, les nounous, gardent les enfants à la maison. Le mercredi sonne la trêve des tympans abîmés des instits', le repos de leurs nerfs prématurément usés.
Ho tu sais, on est content de rester avec le p'tit ; mais il faut l'avouer le mercredi on s'emmerde toujours un peu.
Si il faut le dire ! alors on va à la facilité : planter le niard devant la TV et entendre les aventures de Dora, ou un jeu éducatif... et vaquer.
Vaquer rêver, regarder par la fenêtre, et attendre que le temps passe pendant que le rejeton créer des mondes avec ses Legos.
Le plus dur est de faire semblant, un court instant, d'être fasciné par le délire créatif du môme. Il faut le faire avec cette sincérité rare, cette perle recherchée par le petit comme un chercheur d'or qui scrute la pépite. C'est tout un art de dire avec la petite étincelle qui va bien : "Rhoooooo c'est booooo" et l'instant d'après retourner à son passe temps. Le pire ce sont les jours de pluie. La pluie le mercredi c'est le porte flingue de l'ennui. Enfermé. Cloitré. Condamné aux Toons et au miettes de papy Brossard sur le tapis du salon.


Et puis ils grandissent deviennent ministre. Ça change.
Enfin ça change...

Coluche disait : "Prenez le conseil des ministres. Bon. C'est le mercredi, le jour de gosses ; alors, ils vont au sable, ils font des pâtés, bon. C'est sympa, y a le garde des Sceaux qu'est là ..." et après ? Ben après on les occupe comme on peu. La preuve.



"Comment il fait son créneaux celui là ?!"

mardi 15 novembre 2011

Je ne suis pas un numéros.

Ma fille,
tu viens de souffler ton 10e "moisversaire" au même moment on apprend qu'une philippine est la sept milliardième personne arrivée pour peupler cette terre. Je ne rentrerai pas dans les interrogations personnelles à savoir comment s'y prend-on pour savoir au moment précis sur terre QUI est la 7.000.000.000 ième personne. Le choix était jusqu'alors politique et dégageait une odeur parfois assez nauséabonde.
Exemple :
Je me souviens du "Roumain Utile" à Nicolae Ceaucuscu, qui lui aussi à sa naissance s'est vu tamponné d'un numéro. "Le 20 millionième roumain ce sera un bébé choisi dans une famille bien comme il faut et désigné par les autorités"(source le petit Futé). L'article explique que le roumain parfait c'est lui, justifiant la mise à l'orphelinat de ceux qui ne répondent pas à "la perfection Roumaine" du moment avec le décret 770. Donc exit les enfants "imparfaits" mis à l'écart du monde et les laisser là, dans des conditions atroces qui rappellent d'autres heures sombres du siècle précédent. Le pauvre enfant a essuyé des quolibets d'idiot utile, de Bébé Ceausecu etc pendant des années. Il n'avait pas demandé à être tamponné avec ce numéro trop lourd pour un nouveau-né. Bref chacun à droit à être unique, anonyme et considéré. Pas un banal chiffre même symbolique.

Bref nous sommes 7 milliards et toi, et toi, et toi.

et toi ? ben pour toi je me suis amusé à regarder sur le site de la BBC qui propose un concept assez drôle de voir où tu te situes par rapport aux autres personnes partageant notre planète. http://www.bbc.co.uk/news/world-15391515
Alors voilà tu es la 6 936 249 941 ième personne sur terre, selon eux, et ton espérance vie est de 84 ans.
Quant à moi je suis le 3,909,297,529 et je devais mourir jeune. Bon manifestement il faut se rendre à l'évidence : c'est raté ; je vais donc faire le nécessaire pour tenir le plus longtemps possible pour connaitre tes petits-enfants. Si si si  ! on va essayer. Je demanderai à tonton Vince de rester avec moi 50 ans de plus, il refusera pas : tant qu'il y a de la bonne musique, du pinard gouleyant et des plats fins... On sera comme les deux vieux du Muppet' Show perchés sur vos vies imparfaites à rire de vos travers.

Ma fille, entre ta naissance et la mienne on multiplie par deux, tu as vu ça ?!!.
On avait deux fois plus de place et bizarrement, aujourd'hui alors que l'on est plus serré, c'est la solitude qui fait recette. En somme plus il y a de monde, plus il y a de célibataires !! y'a comme un truc là, non ? Syndrome Smartphone-twitter tu crois ? Remarque, entre nous, je pense à ton parc, ton aire de jeux : avec le temps plus il y a de peluches et autres jouets, plus tu t'en détournes pour jeter ton dévolue sur nos DVD bien rangés. Lesquels DVD expérimentent leur aérodynamisme à travers le salon, et leur capacité à glisser sur le parquet pour se planquer sous les meubles sous l'impulsion sèche de tes petits bras potelés.

Ma fille, pour tout le monde tu seras un numéro quelque part. Faudra t'y faire. Tu seras tour à tour  un n° de sécu, de téléphone, de compte bancaire, d'assurée, d'abonnée, de casier, et déjà aujourd'hui tu es un drôle de numéro, c'est rien de le dire.

7, 8 ou 9 milliards peu importe, car pour moi ma fille, tu es, et seras ma number one, that's all.




lundi 12 septembre 2011

le corned beef

Ma fille,

aujourd'hui je t'écris cette petite lettre parce que tu m'échappes pour la première fois.
C'est ta rentrée à la crèche du coin et bien que ce ne soit pas loin, ça va changer beaucoup de choses. Tu quittes à présent la maison toute la journée pour te frotter au monde. Et toute seule. J'ai pas peur pour toi, mais pour les autres. Ont-ils les tympans assez rodés pour accueillir tes 80 décibels de joie et tes 120db (un airbus au décollage) de colère ??
Pas certain.

On est parti pour de longues années ma fille, où tu vas connaître le réveil difficile, la flemme du lundi, l'angoisse du dimanche soir, les abus du vendredi et la folie des vacances. Donc fini de pioncer comme une bienheureuse !! ( ta mère te couvant d'un œil tellement vigilant qu'elle veille à ce que ton sommeil ne soit aucunement perturbé par l'aspirateur -quelle ne touche donc pas pour la bonne cause-).


 ALLEZ HOP fini tout ça on passe aux réveil-matins, cocoricos et autres clairons !

Tu vas côtoyer de nouvelles personnes, s'ouvre à toi ce que l'on appelle le monde, les gens, ou encore "les autres". Vaste sujet. Pour faire court et simple ce sont des êtres qui ne sont pas de ton proche entourage, avec d'autres manies, habitudes, éducations, cultures, loisirs, goûts etc. Bref "les autres".
Tu y trouveras des amies des petits copains à bisouiller. Des grands, des petits, des noirs, des blancs et des arabes, des marrants et des lourdingues; des gros, des maigres et des farfelus. Des pétasses en herbe aux bas de laines roses vulgaires montées sur souliers vernis et des chafouines professionnelles avec qui tu te taperas des crises de rires. Des vrais copines et copains avec qui tu partageras ta glace fondue...  les autres te dis-je.
Tu y feras des copines qui sont à l'amitié ce que la boite de corned beef est à la haute gastronomie.

Et pourtant..
Et pourtant c'est bon le corned beef, ça cale, ça nourrit comme ça peu, c'est pas pour les fins palais mais c'est sûr et sans surprise. Et puis on a tous eu un pote corned beef.  Moi même, j'ai nourri des légions de gens paumés, surtout les samedis soir, qui prirent mon humour douteux et imbibé comme une délicatesse pour gourmet esseulé, avant de le vomir dans mon dos pour cause de consommation excessive. Qu'importe j'ai été un pur corned beef bien lourd, chargé de souvenirs. Après si l'estomac suit pas...

Tu vas obligatoirement -et malheureusement- me rapporter des expressions à la noix, des préjugés idiots, des traces de coups, et me raconter que Machine et Truc t'ont pris tes jouets. Pire : ils ne te les ont pas rendus séance tenante, même sous la menace d'en parler à ton père qui est -très logiquement- l'homme le plus fort du monde. (voir mémoire d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir -lien-)
C'est drôle, c'est triste, c'est la vie en communauté, la société. Celle que tu feras ou que tu subiras, à toi de modeler à ta convenance. Nous parlerons alors ensemble de tout ça, de philosophie pour enfant de moins de six ans -genre Spinoza chez les Télétubbies-, ou chercherons des réponses à tes "pourquoi ?" dans wikipédia. Nous nous évaderons aussi vers Pierre Desproges qui aima détester les autres, le stoïcisme qui accepte tout, et de Sartre qui dans son "huit clos" nous prévînmes :
"l'enfer c'est les autres".
Tu vois c'est bien ce que je sous-entendais !
Toutefois, il est une question à laquelle je ne trouve pas de réponses : "le paradis, alors, qu'est ce que c'est ?"

les vacances, la piscine, et mon paparazzi préféré !














  


Je traduis tes yeux mais vivement que tu saches parler ;)

Bisous ma fille et bonne rentrée

Papa

jeudi 25 août 2011

le melon



Ma fille que j'aime,
quand tu liras cette lettre, donc, que tu seras grande, nous parlerons des hommes et de leur fierté fortement "testostéronée". Je vais t'en donner un exemple.

Pour cela sache ma fille, que ton premier repas autre qu'un biberon de lait en poudre, fut une purée de carotte qui n'a pas escomptée le succès attendu. Tu n'as pas vraiment ouvert la bouche, quant au goût de ce légume ... bof bof. Manque de sucre, couleur criarde, pas de lardons ni même une pointe de sel. Bref fadasse.

Ta mère, ta grand-mère et moi même, sommes restés sur notre faim devant la tienne inassouvie. Pourtant le festin fut préparé avec amour par ta mère sur un robot flambant neuf.
Les jours passants, tu n'as pas non plus vraiment progressé quant à la quantité ingurgitée. Bref nous oscillions entre désarroi et désespoir de te voir un jour aimer autre chose que de la poudre blanche...
même si celle ci est légale.

Comme je regarde les mioches agir et que je me souviens de ton oncle tout bébé -aujourd'hui très velu-, j'ai proposé de laisser de côté des légumes pour se concentrer sur "l'envie". Donc le sucre naturel, donc les fruits. J'ai proposé. Je me suis fais rabroué vite fait bien fait : "c'est pas encore le moment des fruits."
J'abandonnais lâchement toutes négociations.
Trois jours plus tard, je goûtais du melon. La pleine saison battait son plein, et il était plutôt pas mal. La bouche emplie de jus sucré grâce à sa chair. Délestant ces flots de plaisirs ensoleillés à chaque mastication, parfumèrent mon proche entourage. Très proche. Tu étais dans mes bras, alors que tes yeux de curieuse ne quittaient pas les petits dés de fruit qui disparaissaient dans ma bouche, je décidais de te faire goûter ce nectar. Tu as léché un petit peu puis ouvert la bouche en grand. j'ai souris et j'ai dû retirer le quartier de melon. Ta mère n'ayant pas donné son accord. La sainte parole maternelle. Le tampon sur le laisser passer culinaire. Tu m'as dit le reste ! bilan : deux points de moins dans l'oreille gauche.

Je tournais alors, fier -mais sourd- et avec la mine détestable des gens qui sont "trop sûr d'eux", mon regard vers ta mère.
Je comptais bien que cela vienne d'elle. Et ce fut le cas. A ma grande surprise je le confesse. Elle te prépara une purée de melon. La pauvre n'eut pas le temps de s'altérer tu l'engloutis en un temps record.
Je faisais silence mais espérait enfin un mot. il arriva :
- tu avais "raison" dit-elle, les fruits passent mieux.
MIRACLE ! trois jours pour les six lettres de "raison"  qui résonnent encore comme une victoire digne des plus grands stratèges. J'exagère un peu. Mais bon nous les mecs on aime se l'entendre dire, même si parfois c'est pas tout à fait vrai, qu'importe ! C'est ça ma fille la fierté "testostéronée" : dire à un gars qu'il est dans le vrai pour le faire avancer, que dis-je.. avancer ? courir ! Et même encore plus vite si possible. Oserais-je dire "Choper le melon" ?
C'est une arme, utilise là avec modération. Sans quoi la rancœur "testostéroné" est aussi mauvaise, crois moi.

Maintenant il nous est plus facile de proposer autres chose. T'es assez facile à nourrir : tout passe tant qu'il y a du pain. Et s'il est mêlé à du melon ou de la pastèque alors là c'est l'extase. Une telle extase, que tu ne résistes pas à l'envie de t'en recouvrir délicatement le visage, les cheveux, tes mains, mes lunettes ma chemise etc etc etc

vendredi 29 juillet 2011

les vacances

Ne cherches pas de nouveau messages cher lecteur
j'occupe mon daron pendant ses vacances, 
je l'épuise, le fait se lever tôt, lui fait la misère
mais aussi un ptit câlin car je suis une fille ! donc un peu pétasse.
 Donc il n'y a pas de nouvelles lettres pour l'instant
mais je connais cet être fourbe et je sais qu'il en prépare une ou deux dans mon dos.

Sinon ça se passe bien et je prends des cours de botanique.

Papa et moi

samedi 9 juillet 2011

sur la wii d'ma mère


Quand tu seras plus grande ma fille, je t'amènerai au bowling en bas de chez nous pour jouer un peu, avec autre chose que la console de jeu du salon.

Quand je suis à Paris je vais parfois jouer au bowling avec la bande de chafouins qui me servent de collègues. C'est le lieu idéal pour se sentir un grand sportif en restant assis, regardant l'autre rater son tir. Puis c'est à son tour. Alors il faut faire l'effort suprême de poser sa mousse, se lever, rouler un peu les mécaniques -surtout s'il y a des filles aux pistes voisines-, empoigner une boule avec style, plisser les yeux pour faire celui qui calcule une trajectoire parfaite, et finalement faire trois pas, laisser le poids de la sphère balancer le bras pour soit, guider le tir, lâcher et prier! après 2 secondes de roulement si le cadre n'est pas trop mauvais, on peut espérer un score. Si les quilles volent toutes c'est le Strike.
STOP ! A ce moment là deux solutions :
1- restez figé dans la position jambes croisées bras tendus, et se redresser d'un coup avec un bon gros "YES" et un poing vengeur ramené vers le menton. retournez à votre place, prenez votre verre, et enfin tapez dans les mains de vos amis qui vous félicitent.
Ou 2- Lancez, redressez-vous, et tournez-vous dos aux quilles avant que la boule n'éclate tout. Les pros connaissent le son d'un beau Strike. Pour vous (comme pour moi) trichez ! Et regardez les yeux de vos collègues. leur réactions et/ou leurs cris vont vous dire si c'est bon ou pas. STRIKE ! : Lâchez un petit sourire de star qui s'ignore, une belle petite moue façon Elvis à la limite du mépris, asseyez-vous. reprenez vos occupations sereinement devant les regards admiratifs des voisines de la piste 4 qui crèvent d'envie que vous leur prodiguiez quelques conseils. Mais non, pas ce soir  : vous êtes en repos !

Gnocchi et Gégé s'amusent à faire des effets de pro, vrillant la boule ainsi qu'un bonus : leurs doigts, faisant des courbes superbes la plupart du temps. Tout ça agrémente la curiosité de nos jeunes voisines qui commencent à supplier Gnocchi pour un petit cours. Les sourires d'enfants, les poses de biches sauvages tout y passe. Il n'est pas du genre corruptible sauf si on lui offre une bière. Ou si, ladite minette, a un décolleté orné de boules quasi similaires à celle que nous lançons. Chance c'était le cas de la plus grasse d'entre elle. Pour le coup c'est lui qui s'est fait vriller la tête par les rondeurs de la donzelle.
Fou de joie de donner une petite leçon à cette adolescente attardée, et sous nos regards rieurs, Gnocchi lui explique brièvement la technique du vrillage (ou de "griffer" la boule), du mouvement d'épaule, le genoux à terre, et sa touche perso : Ze Gnocchi's Slide, qui n'est autre qu'un léger dérapage de 5cm en fin de lancé voilà tout.

Démonstration. Il attrape sa boule, et d'un mouvement parfait la fait virilement vriller. Elle s'élance vers la droite, flirte avec la rigole longuement. Puis d'un coup, adhère au parquet, coupe la piste et passant devant les quilles plonge de l'autre bord. Zéro ! Gloups.
Houuuu Gnocchi apprends moi stp !
La minette prends son tour, et jette nonchalamment sur sa piste, à la "va comme j'te pousse", sa boule supra-légère. Peu orthodoxe comme lancé mais elle court tout droit ; enquille la 1 et la 2, se balade au centre du triangle que forment les quilles, couchant tout sur son passage. Strike...

Gnocchi, Gégé et moi .. pantois. bouche bée et avouons-le, un brin agacé de cette chance effrontée de la débutante qui avait fait de l'effet à tout le monde sauf à sa boule.
Ne lâchant pas l'affaire il la flatta, lui demanda les yeux droits dans les seins, où avait-elle pu apprendre à si bien jouer ? -ben voyons ...- ( Gnocchi chasse partout même au bowling de Courbevoie). Tout de go elle lui répondit : "j'te jure sur la wii d'ma mère." Le regard bridé de notre Gnocchi national, se tourna lentement vers nous cherchant un appui quelconque et ne trouva en réponse que nos rires sonores. "Vas-y Gnocchi sur la wii d'ta mère tu peux l'faire" ;)